Il était une fois.... Le Royal Standard Club de Liège !
« Il était une fois », cest comme ça que débutent les belles histoires ; et le Standard, cest vraiment une belle histoire !
Ci-après, nous allons tenter de vous relater cette histoire, ces années de joies, de peines, de grands bonheurs et petits malheurs parce que le Standard, notre Standard, mérite bien mieux que deux ou trois pages dhistorique.
Les débuts En lan 1898, les élèves de Rhétorique et de poésie du collège Saint-Servais escaladent la colline de Cointe, leurs cours à peine achevés, pour sadonner à leur sport favori : le football. Certains rêvent de devenir des as, dautres vivent des heures agréables en poussant un ballon mal gonflé dans les buts, marqués par quatre branchages.
Le Skill de Liège... Un vieil arbre, à lentrée du terrain de Cointe, fut le témoin des premières décisions qui allaient influer sur la destinée du football liégeois. A son ombre, plusieurs joueurs se réunirent pour fonder le club quil baptisèrent « Standard » en lhonneur du Standard de Paris, alors imbattable. A une voix près, le « Standard » naurait jamais vu le jour et nous vanterions aujourdhui les mérites du « Skill de Liège ». Rieurs, les élèves choisirent des couleurs gaies, empreintes de confiance et dardeur : le rouge et le blanc. Joseph DEBATTY fut élu président, M. LEPERE vice-président tandis que les frères OFFERGELD se partagèrent le secrétariat et la trésorerie. Ils acquirent un ballon pour la somme respectable de cinq francs.
Standard - FC Liégeois : La « Guerre» déjà... Outre le préfet de Saint-Servais qui nappréciait guère ce nouveau divertissement nuisible aux études, le secrétaire du FC Liégeois ne voyait pas dun très bon il cette dissidence. En 1900, alors que le Standard affrontait Stella, il dispersa les équipes. Une rancune tenace sinstalla entre les deux voisins. Le Standard saffilia à lUnion Belge des Sociétés de Sports athlétiques et sinstalla au vélodrome de la Boverie, temple enchanteur du sport. Les jeunes collégiens découvrirent le bonheur des douches, de vestiaires propres, de tribunes. Lorsquils délaissaient le ballon, bains dans la Meuse, canotage et vélo pourvoyaient à leurs loisirs.
Les premières compétitions officielles Le championnat de division I se jouait en deux séries. La compétition se divisait ensuite en quatre divisions II, régionales. En 1902-1903, le Standard disputa sa première saison officielle en juniors, une catégorie qui recueillait les éléments nayant jamais évolué dans les deux premières divisions. La saison suivante, il rejoignit la division II.
Le Standard gêne...déjà... Un matin de lan 1904, les pouvoirs publics décidèrent la création du palais des Beaux-Arts, qui devait constituer le joyau de lExposition de 1905. Le merveilleux stade du Standard disparut sous les coups de pioches. Lenthousiasme des membres du club le sauva de la disparition. Il élit domicile à Grivegnée, sur un site qui avait abrité un four à coke. Et une fois encore, le FC Liégeois intervint, sous la plume du président du comité provincial, également membre du FCL et correspondant à « La Vie Sportive » sous le pseudonyme de P. Nalty : en cause, des morceaux de verre et dacier qui parsemaient le terrain. Louis LEROY, le secrétaire du Standard, réagit violemment : « Je dois avouer que, par suite des gelées, notre terrain était un peu dur. Le FC Liégeois serait malvenu de se plaindre, dautant plus que moi-même, javais demandé avant le match à P. Nalty sil souhaitait voir remettre la partie. Jai reçu une réponse négative. De plus, il a exigé que le match se joue, ne sétant pas déplacé - dit-il - pour des prunes. Peut-être espérait-il nous avoir, même avec dix hommes. Je constate simplement quil a la digestion difficile et que la « pile » infligée (7-0) lui pèse bien lourd sur le cur. Quant aux débris, où diable a-t-il été trouver tout cela ? Le football produit de mauvais effets sur lesprit de ces messieurs en leur faisant voir des choses qui nexistent pas. »
Le Standard à Sclessin Perdre un ballon constituait un drame plus important que les rouspétances de Liège. Le long du terrain coulait un bras de la rivière. Les tirs normaux ne perturbaient pas le cours deau mais le Standard alignait une force de la nature, BOUGNET. Ses tirs faisaient frissonner ses coéquipiers, fréquemment obligés de plonger dans lOurthe, pour sauver leur précieux ballon. Grivegnée noffrait guère de confort : les vestiaires étaient situés à deux cents mètres du terrain. Le propriétaire décida, en 1909, den éjecter les footballeurs. Ceux-ci dénichèrent rapidement un terrain en bord de Meuse, à Sclessin. Le déménagement seffectua en brouette, péniblement, mais avec le sourire aux lèvres car le Standard était en passe daccéder à la division I, où il demeura jusquen 1913. Les frères DEPREZ avaient loué un morceau de leurs prairies au Standard pour 300 francs par an. Ils remisaient gratuitement le matériel du club dans leur hangar et servaient à dîner aux jeunes affamés
La Grande Guerre La Grande Guerre décima les rangs du club mais quelques dirigeants créèrent un journal, « Les Annonces » seul moyen de maintenir lunion du Standard en cette période de tourments. Le Première Guerre mondiale ne brisa pas lessor du football : dès la libération, malgré le décès de vingt de ses joueurs, le Standard put aligner quatre équipes. Les difficultés déquipement et la crise ne rebutaient pas les jeunes. Louis LEROY, joueur-secrétaire, était devenu correspondant de « La Vie Sportive » sous le pseudonyme de Danilo et secrétaire du comité provincial. Epaulé par les président Léon HERZET puis Maurice DUFRASNE, il développa limplantation régionale du Standard. Celui-ci disposait dune petite tribune, dune buvette et de vestiaires confortables.
Le Hooliganisme...déjà ... En 1920, larrivée de Léon Delsupexhe, trésorier puis administrateur-délégué en 1928, permit au Standard de retrouver définitivement la première division. Celui-ci nérigeait plus Liège en « ennemi » privilégié : le FC Malinois avait pris ombrage de la promotion dun club liégeois en première nationale. Ses supporters assiégèrent le club qui avait eu loutrecuidance de le vaincre. Un chanoine dut promettre vengeance à ses ouailles, la semaine suivante à Louvain, pour que le Standard puisse quitter son vestiaire. Léquipe regagna, avec ses supporters, les deux trains affrétés sous lescorte des forces de lordre.
Le premier entraîneur, les premiers "socios" et les premières loges Les incidents étaient légion. Le Standard comptait deux vedettes : PIRLOT et GILLIS. Ce dernier fut radié après de graves incidents au Racing de Gand. Le Standard fut châtié pour avoir refusé de se produire au Daring. Il dut jouer plusieurs rencontres à bureaux fermés mais largentier du club redressa les finances. Il soffrit même les services dun entraîneur, le Britannique Percy HARTLEY, pour un montant de douze mille francs par an. En 1923, il créa la coopérative Standard Club Liégeois. Treize personnes constituèrent la société, souscrivant 1484 parts pour une somme totale de 29680 F. 573 souscripteurs répondirent à l appel du Standard. Les parts coûtaient cent francs. Devenu personnalité civile, le club put acquérir le terrain de Sclessin, sur lequel étaient bâties les premières installations. Il acheta deux hectares supplémentaires et atteignit une capacité de 3500 places. Les prix de celles-ci ? De 5F en pourtour à 15F pour une loge avec fauteuil déjà.
Les primes En 1935-1936, le Standard fut sacré vice-champion pour la troisième fois. Depuis plusieurs années, les meilleurs joueurs touchaient des primes de match. Les dirigeants du Standard furent parmi les premiers à rechercher un barême apte à faire taire toute contestation. Trois catégories de joueurs étaient rémunérées : ceux de division I, de réserve et les candidats. Les primes de victoire allaient de 65F à 300F. En cas de nul, elles oscillaient entre 45 et 200F. Une défaite rapportait de 25 à 100F. Une absence à lentraînement était sanctionnée. Les primes étaient calculées en fonction des recettes. Un joueur pouvait obtenir un revenu annuel de 7700F. Le budget du club avoisinait le demi-million.
La grande tribune La tribune existante devenait trop exiguë pour accueillir tous les supporters du Standard. Celui-ci construisit en 1939 une longue tribune debout pouvant contenir dix mille spectateurs. La guerre éclata ensuite, sans interrompre le championnat.
L'arrivée de Roger Petit La saison 1941-1942 faillit être fatale au Standard, douzième sur quatorze. Arthur Petit était membre actif du club depuis 1923. Il en était devenu administrateur en 1927. Il accéda à sa vice-présidence en 1933. Ses fils, Jean et Roger, évoluaient en équipe fanion. Jean fut victime de la guerre. Il fut tué alors que, médecin, il se rendait au chevet dun malade au Val Benoît. Roger demeura capitaine de léquipe. Il appartenait également au comité de sélection. Ses qualités affleuraient déjà. Léon Rassart et Florent Dumont lappelèrent à la rescousse. En 1944, Roger Petit fut nommé secrétaire dun conseil en émoi : laugmentation de capital de 333000F à 500000F avait provoqué lire de certains opposants. Au bout dune saison de disputes, la discussion fut clôturée devant le notaire L. de Terwagne : les opposants ratifièrent le bilan, la majorité proposant à tous des parts nouvelles. La paix consacrée permit au Standard de convoquer ses joueurs deux fois par semaine, le mercredi sur le terrain, le vendredi en salle. L'école des jeunes recommença à prospérer. Fernand Blaise, Jean Mathonet, Joseph Happart et dautres sadonnaient déjà aux « joies du cross » pour peaufiner leur condition. Les joueurs de la division dhonneur touchaient, en 1950, 1400F par victoire, 1000F ou 800F en cas de match nul, selon quil était concédé à lextérieur ou à Sclessin - où le Standard se montrait déjà intraitable - , 500 F pour une défaite ou pour un match amical.
Monsieur Standard Sa situation assurée, Roger Petit se mit en quête des actionnaires de la coopérative, auxquels il racheta leurs parts. Il fut élu secrétaire général et administrateur-délégué en 1952-1953, Paul Henrard assumant la présidence du club. Le Standard disposait en ces deux hommes des plus importants gages de son avenir. Il engage le français André Riou comme entraîneur professionnel. En 1956, le stade sera électrifié, permettant le déroulement de matches en nocturne. Président du Fonds de recherche scientifique, ex-président de la Fédération des Industries catholiques, ancien directeur général dEspérance-Longdoz, Paul Henrard est un visionnaire. Avec Pire, directeur général adjoint de Cockerill Ougrée et avec Roger Petit, il détient la majorité. Le trio est entouré de fortes personnalités : le colonel Robert, MM. Piron, Wauthier, Meuffels, Jeunehomme, Heusghem, Rappers et Tilkin.
L'ascension de la pyramide Le Standard entame une ère nouvelle, celle de son accession au sommet de la hiérarchie belge, tandis que Roger Petit défend ses intérêts à lUnion Belge puis à lUefa. Membre du Comité Exécutif de lURBSFA, de la commission technique de léquipe nationale, il est habilité à discuter avec la RTB les contrats de retransmission des matches. Il représente la Belgique auprès des instances européennes. Au Standard, il demeure très proche de lentraîneur, qui doit effectuer un rapport quotidien au secrétaire général. Celui-ci naccordera plus de latitude à ses entraîneurs quà laube des années soixante et du professionnalisme.
Le premier trophée Après avoir lutté durant de nombreuses saisons contre la relégation, le Standard entreprend un effort de restructuration au moment où, précisément, le championnat acquiert la physionomie que nous lui connaissons actuellement : la division dhonneur est remplacée par la division 1. Roger Petit entreprend des travaux dagrandissement de la tribune assise, dont la capacité passe à 3000 places. En alignant 7 matches sans défaite, qui sajoutent aux huit rencontres du précédent championnat, le Standard remporte un premier trophée, le Challenge Pappaert, créé par Jacques Lecoq, le rédacteur en chef du quotidien rose « Les Sports » pour rendre hommage à al série exceptionnelle de lUnion, invaincue durant soixante matches, sous la conduite de son capitaine, Jules Pappaert.
La première Coupe de Belgique En 1953-1954, André Riou débarque à Sclessin. En quatre ans, lentraîneur français ne connaîtra pas les joies de la Coupe dEurope avec les Rouches mais il va les propulser sur cette rampe prestigieuse en construisant une équipe valable au départ de jeunes du cru. Son équipe remporte, en 1954, sa première coupe de Belgique, au détriment du Racing de Malines. Léquipe qui remporta cette Coupe était composée de Toussaint Nicolay, Happart, Thellin, Mathot, Van Dormael, Mathonet, Jacquemin, Givard, Blaise, Houf et Jadot.
Le premier titre Progressivement, les anciens seffacent pour laisser place à une nouvelle génération douée qui prend son essor en 1956-1957. Elle excelle en technique mais pèche par inconstance dans leffort. Une saison plus tard, elle est championne de Belgique : le 11 mai 1958, des milliers de « Rouge et Blanc » sentassent dans le stade de Berchem. Le Standard peut se contenter dun match nul pour être sacré champion. LAntwerp termine à égalité de points mais le règlement accorde encore lavantage à léquipe ayant encouru le moins de défaites. Soixante ans après, un premier sacre couronne les dissidents du FC Liégeois.
La Brabançonne et le Mythe Les nombreux belges présents à Paris entonnent à pleine voix la Brabançonne. Jamais une Coupe dEurope navait constitué la vitrine dun peuple. Le Standard représentait les aspirations dune nation tout entière. Ces quarts de finale de Coupe des Champions sapparentaient à un duel entre deux pays.
«Impossible nest pas liégeois» sexclama Jacques Lecloq. Le mythe Standard était né. Premier club belge à franchir un tour puis à accéder aux demi-finales, la formation de Geza Kalocsai vivait ses premières heures de gloire. Denis Houf, gentleman-capitaine de léquipe témoigne : «1958 constitua une année-charnière pour le Standard. Geza Kalocsai sétait vu confier une mission ingrate : nous adapter progressivement à un football plus simple, plus efficace, plus réaliste, en prévision de notre entrée sur la scène européenne ».
Pavic : Première! Pour honorer ce nouveau statut de « grand dEurope », le stade fut rénové, ses salles de réception agrandies, ses vestiaires modernisés. Deux titres, en 1960-1961 puis en 1962-1963, confirment la nouvelle suprématie du Standard en Belgique. Geza KALOCSAI a cédé sa place à Jean PROUFF qui, malade, passera le témoin à lAutrichien Gusti JORDAN. Chargé de cadeaux, lintransigeant Hongrois quitte Sclessin sur ces mots, dont la causticité dissimule les larmes qui perlent à ses paupières : « Cest tellement vous êtes contents de me voir partir que vous êtes gentils avec moi ». A deux entraîneurs peu conformes à lesprit Standard succède Michel Pavic, lélégant entraîneur de lEtoile Rouge de Belgrade. Ce maître-tacticien apporte au Standard une troisième corde à un arc déjà armé de technique et de physique. Il napprécie pas le style anderlechtois, basé sur une défense en ligne. Il préfère un jeu direct, spectaculaire, engagé. Il remporte deux coupes de Belgique. Cest néanmoins avec René Haus que le club dominera le championnat national, remportant trois titres consécutifs avant les départs conjugués de Nagy, Galic, Kostedde, Depireux, Cvetler et Pilot. La domination outrageuse du Standard lasse les spectateurs, elle tue lintérêt du championnat. Roger Petit dissout cette fabuleuse équipe pour en rebâtir une autre, avec de jeunes éléments.
Sart Tilman Vicé-président du Conseil supérieur de léducation physique et des sports, Roger Petit a compris le rôle social du football. Il gère le Standard comme une entreprise, il na pas de dettes, il dispose dun avoir important et investie en immeubles : le 20 décembre 1965, il acquiert 33 hectares au Sart Tilman. Il souhaite y construire un hall omnisports, des terrains de football, une aire de hockey et une école au sein de laquelle les jeunes footballeurs pourraient concilier études et pratique du football. Le Standard manquait de terrains à Sclessin, où lair pollué ne convenait guère à la pratique du sport. Laménagement du site ne fut pas onéreux : les entrepreneurs qui érigeaient les premiers bâtiments de lUniversité payaient le Standard pour les débarrasser des remblais, quils devaient conduire bien loin. Or, ceux-ci servaient à colmater les trous de la sablière du Sart Tilman. Le hall, la cafétéria, la publicité achevèrent de financer la construction du futur village sportif. Roger Petit forma également le Club des Mille : pour une cotisation de 5000 F, les candidats devenaient membres perpétuels du Standard.
Erreur administrative ... déjà... En 1971, pour que le championnat conserve quelquintérêt, il fallut que le Standard fût déclaré forfait à lAntwerp, en raison dune erreur administrative : il avait inscrit trois étrangers au lieu de deux sur la feuille darbitre. Roger Petit grince, caustique : « Cette erreur laissa planer un peu de suspens sur lexercice. Sans cela, nous étions champions dès le premier tour ». Roger Petit nhésitait jamais non plus à libérer des bons joueurs quand ceux-ci recelaient de la valeur. Les départs de Sztany et de Crossan avaient apporté au Standard un gain de dix millions quépongea partiellement larrivée de Van Moer. Les années 70 sannoncèrent plus médiocres. Le Standard fut écarté de lEurope quelques saisons. Vlatko Markovic fut promptement évincé par Roger Petit qui organisa un mini-championnat, primes spéciales à lappui, pour remettre de lordre en sa maison, avant larrivée de Cor Van der Hart. Sous sa férule, le Standard réalisa un 12/16, marqua 18 buts pour nen encaisser que 3. Le Hollandais prônait un style Viril, dénué de consignes, un football total. Il clamait : « Un professionnel qui ne reçoit pas un avertissement en une saison ne mérite pas son statut ». Les « gamins » inquiétaient le monde du football ; retrouveraient-ils leur place dans la hiérarchie ? Roger Petit rétorqua aux anxieux : « Un professionnel doit être capable de livrer deux matches par semaine. Sa condition physique dépend essentiellement de lui-même ». Le secrétaire général est un visionnaire. Il prospecte les petits clubs de la région, à la recherche de jeunes pousses prometteuses. Hélas, lorsquun club déteint un jeune doué, il peut le conserver. Roger Petit saffaire, à lUnion Belge, pour modifier la législation : il libéralise les mutations de joueurs, obtient la reconnaissance de la liberté du travail et une protection sociale pour les jeunes professionnels. Il balaie aisément lopposition du Gantois Hoste, le président de la Ligue. Le Standard était constitué en coopérative, sa section football en ASBL. Sa structure était identique à celle dune usine. Elle faisait vivre une centaine de familles. Les recettes des matches ne couvraient déjà plus que partiellement les frais inhérents à la gestion dun club professionnel. A titre dexemple, en 1970, le budget du Standard était ainsi calculé.
Recettes : Abonnements et matches ; 10 millions ; Coupe de Belgique : de 500.000 à 2 millions. Coupe dEurope : de 500.000 francs à 9 millions (grâce à la demi-finale contre le Bayern qui rapporta 3.366.400 F). Publicité, télévision : 1.500.000 F. Fédération : de 400 à 800.000 F. Cotisations : 1 million.
Dépenses : Salaires : de 8 à 10 millions. Administration : 1 million. Organisation des matches : de 1.500.000 à 3.000.000 F. Entretien du stade : de 1.500.000 à 2.000.000 F. Transferts : jusquà 2 millions. Subsides aux autres sports : 1 million. Les joueurs étaient rémunérés selon la catégorie à laquelle ils émargeaient : les candidats recevaient 2500F., les internationaux 10.000F., plus les primes de match. Une demi-finale de Coupe dEurope valait 100.000 F. La capacité du stade avait été portée à 38.000 places dont 9.000 assises.
L'Affaire
« Monstre sacré » du football international aux options tactiques souvent contestées, mais à la compétence unanimement reconnue, Raymond Goethals dissimulait de plus en plus malaisément, ces dernières années, son impatience de remporter, enfin, un titre de champion de Belgique.
Léquipe nationale, quil avait modelée à son image pendant 10 ans, lavait comblé mais pas assouvi. Trois saisons dun règne souverain au Sporting dAnderlecht lavait couvert de gloire en Europe sans apaiser son irritation secrète : à trois reprises, il avait été contraint de se satisfaire dun accessit dans la compétition nationale. On, lavait senti, confusément, prêt à toutes les concessions, ouvert, même, à toutes les compromissions pour combler lincroyable lacune qui ternissait son éblouissant palmarès mais, surtout, pour se prémunir contre toute atteinte à la régularité d'une compétition sujette, parfois, à détranges et nauséabonds marchandages. Raimundo na jamais été un tricheur. Il nest pas davantage un homme dargent. Le football est sa religion, son unique credo, sa raison de vivre, son oxygène. Même sil sest, quelquefois, laissé emporter par des emballements de Don Quichotte, il na jamais pu être suspecté de naïveté.
A-t-il craint que les préceptes de son code dhonneur personnel ne fussent pas, unanimement, respectés ? Sans que la moindre preuve étayât son angoisse, il a soupçonné des individus indéterminés davoir fomenté un complot de dernière minute pour empêcher le Standard de renouer avec la gloire sur le plan national. Goethals était devenu maladivement suspicieux. Pour éviter quune indélicatesse imaginaire anéantît luvre dune saison entière, il na pas hésité à ternir son prestige et à inciter ses joueurs à commettre une faute grave : proposer leurs primes de match à leurs derniers adversaires pour que ceux-ci ne défendent pas leurs chances avec trop de conviction et dopiniâtreté ! Objectivement pourtant, le Standard ne pouvait pas perdre le titre national. A laube de lultime soirée de championnat, il comptait deux points davance sur son éternel rival, le Sporting dAnderlecht. Celui-ci se berçait dautant moins dillusions que le Standard achevait la compétition en accueillant, à Sclessin, le vulnérable Waterschei Thor.
Le Standard simposa, effectivement, par trois buts à un et se laissa griser par ses supporters. Personne navait décelé la moindre malice dans cette rencontre à sens unique égayée, surtout, par les prouesses du gardien de but allemand de Waterschei Klaus Pudelko. La Belgique sportive avait communié à lallégresse « rouche » : le Standard avait bien mérité son titre. Vingt et un mois plus tard, lobstination inflexible dun juge dinstruction acharné parti en croisade, sans complexe, sans contrainte mais avec jubilation, contre lévasion des capitaux et la fraude fiscale dans le monde du football la dota en effet, sans que le « sheriff » Bellemans eût réellement cherché ce coup de théâtre, du plus navrant et du plus lamentable de tous les appendices : une affaire de corruption souillant les champions de Belgique !
La perquisition que la BSR effectua à Sclessin le 22 février 1984 allait engendrer de fâcheuses conséquences pour le club liégeois. Le 24 février, Roger Petit et Raymond Goethals avouèrent quils avaient commis des faux en écriture en vue déluder limpôt. Le mardi 28, Eric Gerets fut à son tour soumis à un feu roulant dinterrogations précises. Stupéfaite, la Belgique apprit, quelques heures plus tard, que « largent noir » découvert dans le petit cahier décolier de Roger Petit sous la mention, laconique, « Goethals-Genk 500.000F/150.000F » avait été libéré par le patron du Standard, à linstigation de son entraîneur, pour persuader les footballeurs limbourgeois de « lever le pied », à Sclessin, lors du dernier match de championnat !
Eric Gerets et Roland Janssen (le capitaine de Waterschei) ne furent pas les seuls incriminés. Michel Preudhomme, Théo Poel, alter Meeuws, Jos Daerden, Gérard Plessers, Simon Tahamata, Guy Vandersmissen, Pierre Janssen, Aimé Coenen et Pierre Plessers furent, eux aussi, éclaboussés par le scandale. Dans la nuit du « mercredi le plus noir » de lhistoire du football belge, le Conseil dAdministration du Standard accepta les démissions simultanées de Roger Petit et de Raymond Goethals. Léon Semmeling repris léquipe en main et sacquitta avec un cur admirable et un talent insoupçonné de la délicate missions dont il venait, brutalement, dêtre investi. Grâce à ses audaces, à ses initiatives tactiques sensées, à son propos et à sa pertinence, on entendit, souvent, chanter le los des « Gamins du Standard », futurs finalistes de la Coupe de Belgique et futurs qualifiés pour la Coupe de lUefa 1984-1985.
L'Après...
Groggy, hébété, le Standard vivait dans un état second. Brutalement privé de son capitaine, lesquif se révélait fragile. Aucun homme fort ne se dégageait des multiples bonnes volontés qui étaient accourues à la rescousse. Jean Wauters, un brillant homme daffaires, sétait ému du drame vécu par les Rouches. Inlassablement, il battit le rappel des bonne volontés. Willy Gillard, qui avait longtemps secondé « Monsieur Standard », assuma les fonctions de secrétaire général. André Duchene, entrepreneur de la région hutoise, répondit à lappel irrésistible de Jean Wauters. Les deux hommes sentendirent, se comprirent. Ils concoctèrent un projet ambitieux, gage de lavenir : la tribune centrale allait être démolie et remplacée par un ensemble moderne, fonctionnel, qui comprendrait des loges. André Duchene assurerait leur gestion durant dix ans, pour financer la construction de louvrage. Rondement menée, la construction fut achevée en septembre 1985. Son inauguration sembla ouvrir une nouvelle ère au Standard, qui battit largement le Paris Saint-Germain, son hôte de marque. Confiant lui aussi, Opel signa un premier contrat de trois ans avec le Standard. Rien ne laissait présager les piétinements à venir
Saison 86/87 : Michel Pavic avait remplacé Louis Pilot à la tête de léquipe. Le stratège yougoslave fit vivre quelques moments dexaltation au club, en Coupe dEurope. Lélimination du Standard face au FC Tirol marqua le premier pas du club vers labîme. La valse des entraîneurs se poursuit : Helmut Graf remplace Pavic. Le club faisait eau de toutes parts : il navait enregistré quune dizaine daffiliations en une saison. Roger Petit avait délaissé la formation des jeunes. La réputation de lécole en avait pâti. Jean Wauters appela Michel Foret. Il le chargea de restructurer le Comité des jeunes. Jef Vliers fut engagé comme directeur technique. Le Standard devait repartir de zéro. Les premiers fruits de ses efforts ne seraient pas récoltés avant cinq ans.
Un Américan à Liège
En 1986, naïvement, le petit monde liégeois avait cru trouver un mécène sauveur en ce beau parleur de Bernard Tapie. Reçus « comme des chiens » à Marseille par la « star » qui ne sintéressa au Standard que le temps de la promotion dune émission de télévision à Bruxelles, les dirigeants déchantèrent rapidement. Un an après, survint Milan Mandaric, un homme daffaires américain dorigine yougoslave que Bojo Ban avait présenté à Sclessin. La direction du Standard lui confia la gestion sportive du club. Avec les premières déceptions encourues par léquipe fanion, malgré les efforts de René Desaeyere, un jeune entraîneur intransigeant qui avait hissé Berchem en première division, la grogne sinsinua dans le club. Elle divisa la direction. Peine Desaeyere avait-il apposé sa signature au bas du contrat, que celui-ci fut remplacé par Pavic. Milan Mandaric manifestait quelque impatience, exigeant un feu vert inconditionnel pour soccuper personnellement des transferts, regrettant amèrement de nêtre pas venu trois mois plus tôt à Sclessin pour y effectuer de meilleurs transferts. LAméricain avait lancé un premier ultimatum en novembre 87. En février 88, il exigea 51% des parts et le contrôle complet du club. La réaction du Standard fut prompte. Jean Wauters et André Duchene clamèrent : « Il nest pas question de brader notre patrimoine ». La rupture était définitivement consommée.
Un sécretaire Général...enfin La nouvelle société anonyme se voulait le gage dun avenir meilleur. Le 1er avril 1988, le Standard engagea Roger Henrotay au poste de secrétaire général. La saison allait sachever dans deux mois. Il lui fallait étudier les carences, multiples, de léquipe puis le marché pour réaliser les transferts susceptibles de redorer le blason défraîchi du Standard. Limam, Tikva, Rosenthal et dautres rallièrent Sclessin. Avant cela, le nouveau secrétaire général du Standard avait tenté dattirer à Sclessin Georges Heylens. Le 18 avril, celui-ci signa un contrat qui le liait au Standard pour trois ans. Le 20 avril, le club de Lille, où Heylens officiait, invoqua une clause de la Charte du football français, qui précisait que la clause de résiliation, dont Heylens pensait bénéficier, nétait valable que pour la première saison. Le LOSC refusa de libérer son entraîneur. Le Standard venait de recevoir une gifle dont lamertume fut à peine pansée par la confiance que Gilbert Bodart témoigna au club, en acceptant de prolonger son contrat.
Entre le secrétaire général et Pavic, le courant ne passait pas. Roger Henrotay le limogea, quelques jours avant la finale de la coupe de Belgique, appelant Jef Vliers à la rescousse pour préparer cette finale, quil perdit. En même temps, Roger Henrotay annonça larrivée du nouvel entraîneur : Urbain Braems. Lexercice 1988-1989 se révéla décevant. Il constituait certes une saison de transition : onze joueurs avaient quitté le Standard, neuf lavaient rejoint. Parmi eux, des déceptions très nombreuses, comme Thans, racheté à Lens pour constituer le « dernier maillon », Limam, Tikva. Le Standard termina sixième. A une place dune qualification pour une Coupe dEurope. Anderlecht le battit une fois encore, toujours par deux buts à zéro, en finale de la Coupe nationale. Trop gentil, Urbain Braems était incapable de dynamiser ses joueurs. A lissue de la saison, il partit en vacances, laissant Roger Henrotay mener la campagne des transferts. Celui-ci dégotta entre autres trouvailles un attaquant mexicain, Carlos Hermosillo, qui disputa un nombre minimal de matches avant de retourner en Amérique centrale. Il prit place dans la longue liste des transferts ratés du Standard.
La Mage de l'Antwerp
Le climat continuait de se détériorer . Urbain Braems, prostré, baissait la tête sans répondre aux questions que se posaient les partisans du Standard. Une rumeur se répandit : Roger Henrotay avait rencontré, à Aix-la-Chapelle, Georg Kessler. La présentation de léquipe avait lieu dans un château condruzien. Urbain Braems venait de quitter ses joueurs. Georg Kessler se dressa subitement, en haut du perron, superbe de prestance. Plusieurs standardmen verdirent devant la confirmation des rumeurs. Rapidement, il rétablit ordre et discipline au Standard. Il encouragea lesprit déquipe, la solidarité. Son enthousiasme communicatif fustigea les plus léthargiques. Les nuages semblaient séloigner de Sclessin. Georg Kessler faisait lunanimité. IL opéra deux transferts : Molnar, meilleur buteur du Danemark, et Henk Vos, bourreau dAnderlecht à Ekeren. Ces deux joueurs amenèrent la grande foule à Sclessin, malgré la déroute encourue à La Gantoise, en Coupe, avant la trêve. Survolté, le Standard refit une partie de son retard en championnat. Les deux nouveaux séduisirent.
La saison 1990-1991 vit à nouveau les orages sabattre sur Sclessin. Roger Henrotay ne supportait plus lentraîneur, trop dictateur à son goût. Entre eux, les accrocs se multiplièrent. Peu après lui avoir proposé une prolongation de contrat de deux saisons, le secrétaire général lavertit que sa présence nétait plus souhaitée à lissue du championnat. Les joueurs se révoltèrent. Gilbert Bodart et Guy Hellers sinstituèrent ses défenseurs les plus ardents. En pure perte. Henrotay sactivait à la recherche dun entraîneur. Il choisit Mircea Lucescu qui, après maintes tergiversations, ne viendra pas. Le secrétaire général effectua ses transferts seuls. Wilmots, Van Rooy, Lashaf rejoignirent le Standard.
L'ère Haan
En juin, Arie Haan, contacté une première fois en mars, accepta de pallier la défection de Lucescu. A la reprise des entraînements, une foule considérable sétait amassée, formant une haie dhonneur pour léquipe nouvelle. Un frisson despoir parcourut lassemblée. Haan bénéficiait de lapport de Radanovic et de Demol. Les débuts furent pénibles. Léquipe évoluait sans fil conducteur. Alors que la grogne sinstallait, lentraîneur demeurait serein. Au départ dune défense à la brésilienne, Cruz se révéla, avec la complicité de Demol, rôdé à ce système à Porto. Les différentes lignes sharmonisèrent lorsque Pister remplaça Hellers devant la défense. Une victoire au Mambour propulsa le Standard sur une courbe ascendante. Celui-ci livra vingt-deux matches sans subir la moindre défaite et remporta le Challenge Pappaert. Le Standard retrouve lEurope après six ans de disette.